Date : 16/04/2017

La Barrière Santagora

Frank Herbert

 

Terre des origines - 2/5 : Le Général

Orson Scott Card

 

Dragon déchu

Au 24ème siècle, le recouvrement de capitaux est la seule chose qui justifie encore les vols interstellaires. Par recouvrement, entendez recouvrement manu militari... avec toutefois, le respect de la justice locale (pour s'efforcer quand même de se donner un semblant de légalité à ce qu'il faut bien appeler un pillage en bon et due forme). Sur les colonies la résistance s'organise...

Peter F. Hamilton

 

Le Monde inverti

Christopher Priest

 

Isolation

Greg Egan

Imaginez que vous jetiez une paire de dés : quelle est la probabilité d'obtenir une paire de 1 ? Et six paires de 1 de suite ? Improbable ? Pas selon les lois de la physique quantique, pour peu qu'on extrapole le phénomène au monde macroscopique : en invoquant la théorie des univers multiples, on suppose la coexistence parallèle de plusieurs états possibles, c'est uniquement l'observation du résultat qui détermine un et un seul de ces états comme étant finalement l'état réel. Ce phénomène est appelé la réduction du paquet d'onde, il suffit qu'un observateur soit conscient de l'expérience pour provoquer la réduction, c'est-à-dire la réalisation d'un état propre. Quelques individus peuvent influencer la probabilité de certains de ces états avant la réduction. Les autres devront avoir recours à un « Mod », un système basé sur une modification neurale effectuée par des nano-machines (« vaporisée » avec un spray puis inhalée) directement dans le cerveau. Pour cela, il y a deux mods : un qui bloque indéfiniment la réduction du paquet d'onde (qui favorise donc « l'étalement »), et un sélecteur d'états propres, qui permet aussi leur manipulation, c'est-à-dire le renforcement sélectif des probabilités. Le fonctionnement du mod de sélection peut s'expliquer soit par le choix de l'état du dé, soit par le choix de l'état d'esprit personnel qui perçoit un état particulier, et donc l'état du dé par voie de conséquence (l'avantage de cette seconde explication est qu'elle ne requiert pas obligatoirement une compréhension précise du principe de la sélection, mais seulement un état d'esprit, en l'occurrence la simple satisfaction du résultat perçu !).

Quelle différence alors avec la télékinesie ? Aucune ! tout se passe comme si l'individu pouvait manipuler les phénomènes du monde réel, simplement en influençant légèrement d'un coup de pouce certaines probabilités par rapport à d'autres. En fait, il n'y a pas de manipulation au sens strict, il y a seulement le choix du bon résultat, ce n'est pas vraiment de la télékinésie : les états doivent être possibles, d'une manière ou d'une autre, cela peut par exemple être une défaillance rare d'un système (mais en pratique il reste cependant des cas inexplicables, tels que se réveiller hors d'une chambre fermée à clef !). Les états propres étalés interagissent entre eux, il suffit de penser à l'interférence produite par les états propres d'une seule particule quantique (par exemple le motif de diffraction d'un électron), difficile de prévoir ainsi ce qui pourrait arriver, d'autant plus qu'il existe aussi un effet tunnel entre l'ensemble des états propres et le point d'origine de l'étalement, effet qui est susceptible d'influencer directement le passé immédiat réel. La particularité du mod de sélection est qu'il ne fonctionne qu'en mode étalé, sinon son fonctionnement est à peu près inconnu, l'utilisateur réduit ne se souvient généralement pas l'avoir utilisé, il y a une vraie échelle de conscience entre l'esprit réduit et l'esprit qui émerge de l'étalement des consciences de chaque version ou possibilité d'état propre. Cet esprit étalé peut cependant être influencé « majoritairement » par l'utilisateur réduit, mais la communication est difficile : en fait, c'est plutôt l'esprit étalé qui choisit de communiquer avec le prototype réduit, éventuellement en produisant un artefact simple capable de transmettre un message, et de dialoguer au niveau limité du premier.

L'idée d'influencer les probabilités peut paraître absurde, cependant on ne peut s'empêcher de trouver des analogies avec des principes pourtant simples et évident, par exemple certains gestes techniques dans le sport sont quasi impossibles à tout un chacun et pourtant il est possible d'arriver à les maîtriser : c'est la répétition pendant l'entraînement qui aboutit, par un processus de sélection, à la maîtrise du geste. Prenons un autre exemple concret : lors de l'élaboration d'un scénario, plusieurs choix possibles coexistent simultanément, le scénariste doit pourtant faire un choix : il détermine à l'avance une situation exceptionnelle qui sera finalement son œuvre, un livre ou peut-être un film. Mais tous les choix qu'il a dû faire pour écrire un scénario cohérent représentent de fait un véritable « génocide » des alternatives qui auraient pu exister : le processus de la création est en fait un sacrifice pur et dur de la diversité potentielle. Mais s'il en était de même pour la simple explication de la réalité cosmique ? Est-ce qu'à force d'observer en détail les étoiles et d'en déduire une cosmologie on ne détermine pas une version unique et limitée de la réalité ? Ne faudrait-il pas isoler la planète entière dans une bulle cosmique pour préserver la variété des possibles des créatifs et des imaginatifs en tout genre ? Ce thème, qui sert de titre à cette œuvre, sera le point central de son roman suivant : L'Énigme de l'univers.

L'aspect génial de ce roman provient de l'équilibre choisi entre le vraisemblable et le délirant : en effet, il n'y a aucune raison pour que, parmi les états possibles, il n'y ait pas absolument n'importe quoi, même la volonté de l'utilisateur pouvant varier dans ces états. Par exemple, pourquoi ne pas forcer toutes sortes de serrures fondées seulement sur des combinaisons de chiffres ? Combien d'autres phénomènes paranormaux peuvent se résumer ainsi à un simple choix avisé, ou une légère influence directe ? Pourquoi aussi ne pas faire fonctionner un ordinateur en mode étalé, par exemple pour effectuer un calcul dans le but de casser une clé cryptographique ? Parmi les milliards de versions qui tournent, il suffit de choisir celle qui réussit pour obtenir au final l'équivalent d'un calcul parallèle massif !

Cependant, l'auteur se fixe des limites « raisonnables » : tout d'abord, empêcher la réduction est plus une déficience de fonctionnalité qu'un talent particulier (pouvoir propre aux débiles mentaux ? empêcher la réduction consiste à inhiber temporairement cette faculté naturelle du cerveau : si l'on n'empêche pas la réduction, alors l'effet de renforcement des probabilités disparaît). Ensuite, il faut éviter d'être étalé lorsque l'on fait quelque chose de crucial, ni oublier de se réduire lorsqu'une étape importante vient d'être accomplie (ne pas tenter le diable). Le défi n'est pas de faire fonctionner le mod, mais de déterminer comment rester sain d'esprit pendant qu'il fonctionne, car il y a un réel risque de « diverger » (folie), ou pire encore : rester étalé (ne plus jamais choisir, ne plus exister réellement ? devenir un zombie quantique ? cf. la coexistence du fameux Chat de Schrödinger dans deux états, mort et vivant à la fois). Il y a deux types d'individus : ceux qui déterminent leur chemin, et ceux à qui tout arrive. Certains sont plus doués que d'autres pour influencer l'existence, au détriment des autres, en réduisant de fait les possibilités des autres (ou bien parfois en les augmentant). Heureusement, la réduction a un horizon fini : il y a toujours des états propres au-delà, une limite à l'effet d'un seul individu.

 

La Horde du Contrevent

"Moins que d’autres, je ne savais si le but de notre vie avait un sens. Mais je savais, plus que quiconque, qu’elle avait une valeur. Par elle-même, directement, hors de toute réussite ou déroute. Cette valeur venait du combat. Elle venait du rapport profondément physique que nous avions au vent. Un corps à corps. Elle venait de la qualité impressionnante de notre Fer et de notre Pack. De l’épaisseur à peine concevable de connaissances et d’expériences dont nos os avaient hérité. Elle venait d’une noblesse de cœur et de rage dont je me sentais, avec Golgoth, le premier porteur. La noblesse, chez les abrités, était une valeur délitée. Ils l’associaient aux signes : une élégance, une sorte de discrète richesse qu’étayaient un registre de gestes et de langage, des manières et des bannières… Toute une symbolique sans laquelle elle devenait à leurs yeux irrepérable. Pour ma part, j’avais longtemps pensé qu’être noble relevait du respect de trois principes cardinaux : la générosité, l’élévation et le courage. Qu’en m’en tenant par tous vents à ce cap, je ne pouvais dépaler. Soit… Je découvrais avec l’âge ce qu’être noble devait à la vigilance, au sens aigu des situations, à la recherche tâtonnante du comportement altier. De l’acte probe. Devait au rejet des paresses nombreuses. Je repensais souvent au lendemain du furvent."

 

Le Seigneur des anneaux - 2/3 : Les deux tours

J.R.R. Tolkien

 

SIVA (V.A.L.I.S. / VALISYSTEM : SIVA 2/2)

Arrivé au 3/4 du livre, j'ai du mal à me souvenir que Siva est mon roman préféré de Philip K. Dick, mais les 3 derniers chapitres sont effectivement très réussi (seule une implication personnelle de l'auteur dans l'histoire peut expliquer autant de "réalisme", au sens Dickien du terme, c'est-à-dire un mélange astucieux de folie et de raison), d'autant plus que c'est plus souvent la fin de ses romans que l'auteur à parfois tendance à foirer, la mise en place de ses intrigues étant la plupart du temps très rapide et efficace, souvent brillante.

Philip K. Dick

Adaptation ciné de romans de Philip K. Dick

 

Killdozer / Le viol cosmique (2 nouvelles)

La première nouvelle, Killdozer, est captivante. La seconde, Le viol cosmique, donne une idée de l'esprit de l'auteur : une pensée cosmique par excellence.

Citation : "Le fait de leur croyance était la chose importante à partager, car il est dans la nature la plus noble de l'humanité d'avoir un culte religieux, même si elle lutte contre cette tendance comme parfois elle peut le faire. L'univers étant ce qu'il est, il y a toujours plus ultra, plus ultra, des forces et des enchaînements au-delà de la compréhension, et d'autres encore au-delà de ceux-là lorsqu'on est parvenu à les comprendre. C'est de cet au-delà que vient l'appel auquel la foi est la réponse naturelle, et vers lequel le culte religieux ouvre la voie naturelle."

Theodore Sturgeon

 

La Cité des permutants

Le Paradis et l'Enfer numérique

La théorie sous-jacente de ce roman est fondée sur le temps subjectif : l'écoulement du temps à l'intérieur du monde virtuel n'a pas besoin d'être le même que celui du monde réel, sauf éventuellement pour communiquer avec lui : dans ce cas, un système d'adaptation de vitesse permet d'accélérer ou ralentir la communication selon son sens, ce qui permet à un individu du monde réel de se faire représenter par un avatar dans le monde virtuel, cet avatar étant appelé simple "visiteur", par opposition aux "résidents", lesquels sont des Copies (des numérisations "réalistes") qui s'exécutent complètement à l'intérieur du monde virtuel, les Copies étant pratiquement prisonnières de leur univers numérique. Comment est-il possible qu'une Copie accède à la conscience à l'intérieur d'un monde virtuel ? L'idée est, d'une part, qu'il n'est pas nécessaire de tout simuler, il n'est nullement besoin de simuler au niveau atomique un corps humain, il suffit que la simulation soit réaliste au seul niveau biochimique : pourquoi aller plus loin si votre corps semble réagir normalement à tout stimuli extérieur, et qui a conscience de chacun de ses atomes le constituant ? Et ça fait moins de calcul à effectuer, mais cela ne suffit pas : pour que la simulation soit suffisamment fluide, il faut prendre le temps de la calculer, quitte à abandonner le temps réel : la simulation pourrait être ralentie, voire arrêtée, que ses habitants ne s'en apercevraient même pas, car ils vivent en leur temps subjectif.

En poussant l'idée encore plus loin, on peut même se demander s'ils ont vraiment besoin d'un ordinateur physique, après tout, s'ils ne sont pas conscient du système sous-jacent à leur réalité, pourquoi ne pas considérer qu'ils existent en tant que tel dans l'absolu : une simple série de valeurs numériques, un peu comme un système d'exploitation virtuel : une simple image destinée à être exécutée sur un ordinateur ou un autre, que l'on peut activer ou désactiver à volonté, en provoquant une sorte de big-bang et de big-crunch du point de vue subjectif. L'existence physique d'une telle image n'est jamais qu'une série de 0 et de 1 sur un disque dur : ce n'est pas cela la réalité, la réalité, c'est plutôt l'ordre "parfait" que constitue l'image bootable (en outre, les nouveaux concepts de cloud computing et de migration de machine virtuelle sans interruption vont dans le même sens d'abstraction du logiciel par rapport au matériel). A partir de cette idée, l'auteur va encore plus loin : pourquoi ne pas simuler entièrement une planète sur un ordinateur virtuel ayant une capacité de calcul et de mémoire suffisante ? Le temps subjectif permet de concevoir un ordinateur de capacité infinie, peu importe s'il doit s'écouler des millénaires en temps réel. Cela résout un problème franchement ardu pour des (Copies de) chercheurs en informatique, un vrai bonheur pour les créatifs : du temps et des ressources à volonté, le paradis numérique quoi ! Du coup, on peut vraiment s'attaquer à la simulation de l'apparition de la vie sur une planète en testant différents scénarios, peut-on vraiment valider la théorie de l'évolution ? Si la réalité est l'ordre et non le support, l'ordre peut-il apparaître spontanément ? En violation flagrante de la loi de l'entropie ? C'est tout l'enjeu évoqué dans ce roman : il faut se donner les moyens de vérifier les hypothèses ! Avec une puissance de calcul illimitée, on pourrait carrément fabriquer une machine virtuelle génétique capable d'exécuter les séquences d'ADN elle-même, de quoi tester des hypothèses encore plus proches de la réalité. Cette modélisation des expériences de vie n'est pas sans rappeler celle des rêves : à un moment donné, un des personnages n'est pas sûr d'être en train de faire l'amour, la simulation n'est pas parfaite ! Le revers de la médaille est le cauchemar-prison : qui n'a jamais désespéré de se réveiller d'un cauchemar qui n'en fini pas ? Pour cette raison, la déclaration universelle des droits des Copies inclut le droit de "sauter en marche" : le droit au suicide virtuel, afin d'échapper à l'enfer de la boucle infinie, prison la conscience.

Les idées contenues dans ce roman sont nombreuses et complexes, les idées principales sont claires et expliquées en détail à plusieurs reprises, et sont vertigineuses dans leur implication philosophique, une oeuvre remarquable.

 

Cycle : Le Soldat chamane - 1/8 : La déchirure

Robin Hobb

 

Tarendol

René Barjavel

 

Cycle de Terremer - 2/6 : Les tombeaux d'Atuan

Ursula Le Guin

 

La Guerre éternelle

Joe Haldeman

 

Le Maître du temps - 1/3 : L'Initié

Louise Cooper

 

La Zone du dehors

Le transhumanisme, c'est le terminus de la connerie. Un groupe d'anarchistes technoreact entre en résistance sur Cerclon, une colonie implantée sur une lune de saturne. Ils préparent un électrochoc massif de ce qui reste de l'humanité, conditionnée sous le poids d'un système normatif. Ils ne sont pas vraiment méchants au fond, mais ils sont déterminés et ils ont un problème avec la hiérarchie, ils veulent juste changer le monde, le libérer du joug de la bureaucratie et de la technocratie (et tout ce qui se termine en cratie, la crasse !). Mais une évolution ne suffit pas, ni une révolution (qui sous-entendrait une simple re-évolution), non ce qu'il faut c'est une volution pure, menée par les voltés qui forment le mouvement de la Volte (comme une révolte, mais pure et inconditionnelle). La Zone du dehors est une apologie, un panégyrique de l'anarchie, qui titillera même les orthodoxes les plus raisonnables, en touchant leur fibre libertaire.

 

Trilogie des Fourmis - 1/3 : Les Fourmis

Bernard Werber

 

Vice versa

Robert Charles Wilson

 

Cristal qui songe

"Le principe de concurrence vitale : « Le premier impératif de la survie s'exprime en fonction de l'espèce ; le suivant en fonction du groupe ; le dernier en fonction de l'individu. » Tout le bien, tout le mal, toute la morale, tout le progrès dépendent de l'ordre dans lequel on se conforme à ces trois impératifs. Si l'individu survit aux dépens du groupe, il met l'espèce en danger. Si le groupe entend survivre aux dépens de l'espèce, il va manifestement au suicide. L'essence du bien et du mal réside là ; c'est de cette source que coule la justice pour l'humanité entière."

 

Les Talents de Xanadu (nouvelles)

Voici une citation extraite de la nouvelle "L'Hôte parfait" de Theodore Sturgeon (comprise dans le recueil "Les talents de Xanadu"), qui témoigne de hypersensibilité de l'auteur :

"Vous partagez une chambre avec un ami très cher. Ensemble, vous l'avez entièrement redécorée. Les couleurs, l'éclairage, les rayonnages dissimulés, les tentures – tout cela est le résultat de la joyeuse communion de vos goûts et des siens. Vous aimez l'un et l'autre votre ravissante chambre et vous en êtes fiers. Et un beau jour, en rentrant, que voyez-vous ? Un poste de télévision flambant neuf. C'est votre ami qui l'a acheté et qui l'a installé pour vous faire une surprise. Vous êtes surpris, en effet. Et heureux.

Mais voilà qu'une chose détestable s'insinue dans votre esprit. Le téléviseur est massif, important, il domine la pièce et tout ce qu'elle contient. De plus, il est à votre ami – ni à moi ni à nous : à lui. Vous lui reprochez l'autorité tacite, indésirable avec laquelle il décide du programme de la soirée. Où sont les parties d'échecs, les chansons accompagnées à la guitare, les longues heures passées à écouter des disques ?

Ils sont toujours là, évidemment, personne ne les a volés. Seulement, maintenant, cette chambre n'est plus la même. Elle peut continuer d'être une chambre heureuse. Seul un esprit mesquin serait irrité par des richesses nouvelles à partager. Mais le fait est là : la source de ces richesses, elle, n'est pas partagée, elle n'a pas été déterminée d'un commun accord. Cela métamorphose la chambre et tout ce qu'elle abrite, les couleurs, les êtres, la forme des choses et leur chaleur."

 

L'Oreille interne

Robert Silverberg

 

Paycheck et autres récits (nouvelles)

"Un Aidumane avait récemment largué des caisses de composants complexes qui, une fois montés, devaient manifestement constituer une espèce d'ordinateur. Pendant plusieurs semaines, ces caisses étaient restées intactes dans l'abri, mais Norman Schein avait finalement trouvé à utiliser l'une d'entre elles. Il adaptait les plus petits éléments afin de fabriquer un vide-ordures pour la cuisine de sa Poupée Pat." : Stupéfiant !, non ? soyons clair, cela ne s'invente pas, ça ne se trouve que dans un esprit psychotique ; seul un Philip K. Dick peut concevoir ce genre d'incongruité : des martiens qui larguent des paquets humanitaires (aide-human.) aux survivants d'une guerre nucléaire, lesquels, parqués dans leurs abris collectifs, passent leur temps à jouer à la poupée, en rêvant à leur ancienne vie d'avant l'apocalypse, vie complètement futile par ailleurs : rouler en voiture sportive, aller au supermarché, activer la télécommande du garage, voir son psy, ...

Au fait, le passage cité dissimule-t-il un message philosophique subliminal ? une intelligence E.T., au caractère quasi divin, tente d'aider l'humanité moribonde, grâce à la judicieuse diffusion de technologies clés, et celle-ci ne trouve pas mieux à faire qu'assembler un vide-ordure pour son mirage existentiel ! Les survivants jouent-ils à la poupée pour échapper à leur responsabilité sociale : se marier, avoir des enfants, ... ?

PKD a l'habitude de composer des scènes à partir d'éléments complètement disparates, formant un bric-à-brac invraisemblable, et parfois, le miracle se produit : chaque élément, bien que parfaitement incongru dans la scène, s'assemble et s'agence harmonieusement dans le tableau étrange, comme si l'auteur avait touché là quelque vérité profonde, un peu comme un Lynch au cinéma.

Ce recueil de nouvelles est l'état de l'art Dickien. Le passage cité est extrait de l'une d'entre elles (Au temps de Poupée Pat), qui sert par ailleurs de base à un roman dans lequel le jeu est cette fois remplacé par une expérience mystique collective. La plupart des nouvelles de PKD sont des variantes de celle-ci : les personnages sont ou bien semi-vivants, ou bien semi-morts, ou bien encore dans une superposition de plusieurs de ces états en parallèle, quand ils ne sont pas carrément substitués par des machines, dans le meilleur des cas, et dans le pire par un insecte horripilant. En tout cas ce sont des ersatz d'humanité : selon PDK, les vrais gens ont probablement disparu, au moins pour la plupart !

 

Ravage

Pour éradiquer le mal qui ronge l'humanité, brûler tous les livres n'y suffirait pas, ce ne serait qu'un pas de plus vers le fascisme, qui ne libérerait personne. Réserver l'art de l'écriture à une autorité locale n'y changerait rien non plus, car quitte à procéder de façon radicale, pourquoi prendre un tel risque alors ?, c'est absurde ! Pourquoi d'ailleurs vouloir en arriver là ? C'est que, selon l'auteur, le processus du raisonnement est fondamentalement erroné, il conduit tôt ou tard au malheur de l'humanité. Seule une vie terre-à-terre en est exempt. Dans la suite de son oeuvre, René Barjavel met un peu d'eau dans son vin sur le sujet de la science en général, mais reste fondamentalement pessimiste sur la capacité de l'homme à résoudre ses conflits, il faudra toujours prendre des choix radicaux, d'une manière ou d'une autre, aucune alternative ne peut se faire sans contrepartie à la limite de l'intolérable. Dans le même temps, il ne cesse de chercher la clé du bonheur, il ne peut se résoudre à perdre tout espoir, sinon cela n'aurait aucun sens...

Citation : "Une des premières mesures qu'il leur fit adopter fut la destruction des livres. Il a organisé des équipes de recherches, qui fouillent les ruines tout au long de l'année. Les livres trouvés pendant les douze mois sont brûlés solennellement au soir du dernier jour du printemps, sur les places des villages. A la lueur des flammes, les chefs de village expliquent aux jeunes gens rassemblés qu'ils brûlent là l'esprit même du mal. Pour faciliter l'enseignement de l'écriture, François a fait conserver quelques livres de poésie : « Ce sont, a-t-il dit, des livres qui ne furent dangereux qu'à leurs auteurs. » L'art de l'écriture est réservé à la classe privilégiée des chefs de village. L'écriture permet la spéculation de pensée, le développement des raisonnements, l'envol des théories, la multiplication des erreurs. François tient à ce que son peuple reste attaché aux solides réalités. Pour évaluer ses récoltes, et compter ses enfants et ses bêtes, le paysan n'a pas besoin d'aligner des chiffres par tranches de trois."

 

L'Homme qui a perdu la mer (nouvelles)

Parmi ces 7 nouvelles, "L'éveil de Drusilla Strange" est un pur chef-d'oeuvre.

 

Les Cantos d'Hypérion - 1/8 : Hypérion 1.1

Dan Simmons

 

Espace vital (nouvelles)

Isaac Asimov

 

La Légende de Hawkmoon 1/7 : Le joyau noir

Michael Moorcock

 

Les Robots et l'empire 2/2

L'I.A. à l'aube de l'humanité

Brillant ! I.A. (Isaac Asimov, ça ne s'invente pas !) est parvenu à définir analytiquement l'humain relativement au non humain qu'est le robot, grâce à la loi zéro de la robotique : "Un robot ne doit causer aucun mal à l'humanité ou, faute d'intervenir, de permettre que l'humanité souffre d'un mal". Il s'agit rien de moins qu'une élaboration méthodique et complète du concept d'éthique universelle : tout simplement génial !

Cette loi zéro est élaborée progressivement par un robot doté de capacités extraordinaires grâce aux modifications dues à la fille du plus fameux roboticien de l'empire, elle même dotée de capacités non moins extraordinaires, alors même qu'elle n'était encore qu'une enfant surdouée. Ainsi donc, ce robot philosophe élabore sa loi zéro en extrapolant à partir des trois fameuses lois de la robotique, qui soutiennent toute l'oeuvre SF d'Isaac Asimov :

Les Trois Lois de la Robotique (Manuel de la robotique, 58è édition, 2058 ap. JC) :

Première Loi : Un robot ne peut blesser un être humain ni, par son inaction, permettre qu'un humain soit blessé.

Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.

Troisième Loi : Un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps qu'une telle protection n'est pas en contradiction avec la Première et/ou la Deuxième Loi.

Mais la philosophie du robot n'est pas venue toute seule, elle fut engendrée en suivant l'exemple d'un enquêteur humain héroïque et visionnaire, en s'interrogeant toujours, dans les situations difficiles, de quelle manière aurait réagit ce héro. Voilà, tout est dit sur la genèse de l'intelligence artificielle ! mais cela est tout aussi valable pour l'intelligence humaine, c'est un principe universel !

Cependant cette loi zéro pose un problème fondamental : à partir de quand choisir entre une humanité abstraite et un humain en particulier ? autrement dit, quand peut-on sacrifier des hommes pour une cause (supposée) supérieure ? Au cours de l'humanité, des dictateurs ont abusés de cette loi zéro, par exemple au nom d'une soi-disant amélioration de la race. Vouloir le progrès de l'humanité est un objectif noble en soi, ce sont les moyens pour y parvenir qui font la différence entre un tyran et un chef visionnaire ; en l'occurrence, des moyens indignes ne contribuent certainement pas une amélioration de l'humanité, et de toute façon, le postulat de supériorité ethnique est évidement infondé.

Pour appliquer à bon escient une telle loi zéro, cela suppose une juste estimation des circonstances. Or cette juste estimation implique aussi une juste estimation de ses capacités d'évaluation des circonstances et de soi-même, ce qui aboutit à un concept important : ne pas se surestimer, ce qui est pratiquement synonyme de l'humilité. Or la vertu de l'humilité est une fleur incroyablement fragile : il suffit de se satisfaire de la posséder pour qu'elle se fane ! Comment alors être sûr d'être humble avant d'entreprendre une bonne action pour l'humanité à long terme, éventuellement au détriment d'un certain nombre d'individus à court terme ? Tout bon dictateur doit avoir éveillé la flamme de la compassion dans sa conscience ! Mais puisque l'humanité est un concept abstrait, par opposition au concret de la souffrance humaine immédiate, suivre une telle loi implique une lourde responsabilité. Aujourd'hui, la dictature demeure une utopie effroyable, le pragmatisme actuel a fait place à la démocratie, une autre utopie plus appropriée en ces moments ténébreux, où les chefs sont potentiellement des tyrans.

Ce qui assez édifiant dans cette oeuvre, c'est qu'il apparaît que ce robot est parfaitement tyrannique, même si l'auteur s'en défend en justifiant incessamment ses actes : il a toujours voulut arbitrer équitablement entre l'ingérence omnipotente dans les affaires des hommes et le bien de l'humanité, mais manifestement, il n'a pas placé le curseur au milieu ! il me semble qu'il a sensiblement dévié vers l'abus, un exemple typique : influencer "légèrement" l'attirance entre un homme et une femme. S'il l'amour se réduisait simplement à des hormones ou même des émotions, il n'aurait certainement pas la noblesse qu'on lui prête. De fait, l'amour ne peut en aucun cas être le résultat d'une manipulation mentale, car c'est une faculté dérivée du libre arbitre.

Dommage que les trois premiers volets ainsi que le dénouement de cette saga robotique semblent moins inspirés. Isaac Asimov à parfois tendance à saboter son oeuvre en imaginant des rebondissements invraisemblables, parfois même contradictoires ; cependant, au final, c'est vrai que le tout est quand même assez cohérent et sympathique.

 

Le Centre galactique - 3/6 : La Grande rivière du ciel

Gregory Benford

 

Le Meilleur des mondes

Le meilleur des mondes selon l'Antéchrist : Le confort moderne, le clonage reproductif pour la prédestination sociale, la lobotomisation chimique, le conditionnement hypnopédique : voilà le secret du bonheur platonique ! On a déjà la télé-lobotomisation (dont le modèle économique prône la "massification" et produit un nivellement "culturel" par le bas), on y est presque, mais on y sera jamais complètement dans cette utopie du bonheur qui n'en est pas vraiment un, dans la mesure où celui qui le ressent n'en est pas vraiment conscient, tout au plus perçoit-il une vague sensation de plaisir (ou une neutralisation de la souffrance ?). Non ! ce monde meilleur restera utopique car chaque jour qui passe, la quête hérétique du "progrès" conduit l'homme toujours plus à sa perte, à son malheur : l'évolution naturelle n'existe pas ! La stabilité sociale aux forceps est une sclérose qui fait involuer l'humanité. Cette forme de vie totalitaire n'aurait pas de sens, pas de raison d'être : inéluctablement, des rebels manifesteraient leur refus d'une telle absurdité, d'une manière ou d'une autre. Cela signifie-t-il que l'homme doit souffrir ? En tout cas, en France, on est champion de la consommation d'antidépresseur, cet état de fait est le résultat du système, sans aucun doute. Le conditionnement psy pendant le sommeil n'existe pas encore, cependant nous avons le conditionnement pendant le "sommeil médiatique" par la publicité à la radio et à la télévision, laquelle représente tout de même en France entre 3h et 4h d'assiduité en moyenne par personne par jour. La publicité n'est pas étatisée, mais elle est l'apanage des firmes capitalistes, ce qui n'est pas si éloigné que ça. A l'origine du "système", le taylorisme issu de chez Ford a inventé la "rationalisation" productiviste de l'entreprise, qui se fait au détriment du bien être social de l'individu. Aujourd'hui, si c'est confirmé, l'heure des bébés humains clonés a commencé depuis fin 2002 (étrangement symptomatique que cela soit le fruit d'une secte tout ce qu'il a de plus anti-système !). Ce livre n'est pas un chef d'oeuvre en soi, mais beaucoup d'arguments sont toujours d'une actualité terriblement pertinente (même les OGM sont évoqués sous forme de manipulations qui ne sont pas encore qualifiées de génétiques, car cette discipline n'existait pas encore). Ce livre n'aurait pas une très grande importance s'il n'avait pas été écrit... en 1932 ! Aurait-il été écrit 30 années plus tard que cela aurait déjà constitué un exploit visionnaire incroyable !

 

Le Coeur désintégré (nouvelles)

Les nouvelles "Le prix de la synergie" et "Faites-moi de la place" sont excellentes.

 

La Légende de Hawkmoon 3/7 : L'épée de l'aurore

A peine découvrons-nous une nouvelle micro-société de haute technologie vivant caché sous les sables du désert, que dès le lendemain à l'aube elle est complètement détruite par son ennemi héréditaire, et c'est tout juste si nos deux héros, Hawkmoon et D'Averc, parviennent à en réchapper... pour être ensuite harcelé sans répit par des monstres terriblement hostiles de la jungle : on a vraiment l'impression que c'est du n'importe quoi, la Fantasy lyrique le cédant au fantaisisme juvénile (Moorcock fut écrivain professionnel dès 16 ans !). Cependant, à deux reprises, la fluidité narrative parvient quand même à produire un effet de réalisme digne d'un film d'Indiana Jones : le récit d'une attaque de bateau pirate ainsi que d'une bataille dans un temple ténébreux est proprement saisissant ! ce n'est pas si fréquent de plonger au coeur de l'action avec autant d'intensité lors d'une simple lecture. Dommage que l'histoire manque de rigueur dans l'enchaînement, avec un contenu un peu inégal et surchargé, car on se prend à aimer la Fantasy pure et dure, et somme toute assez créative.

 

Cycle de Dune, la génèse - 1/3 : La guerre des machines

L'action se déroule avant l'exploitation de l'épice sur Dune, donc avant la navigation rapide dans l'espace grâce à la Guilde ; cependant, on se rend tout de même d'une planète à une autre en un temps assez court, selon une vitesse largement supra-luminique, si on considère qu'il n'existe pas d'étoile à moins de 4 années lumière de la terre (alors que Salusa Secondus est présenté comme étant à moins d'un mois de voyage de la terre) : ou bien il fallait situer la découverte de l'épice avant le Jihad Butlérien, ou bien il fallait expliquer un peu le voyage supra-luminique avant la Guilde des Navigateurs : cela n'est pas fait, ce qui fait un peu brouillon, car c'est un passage obligé dans tout roman SF intergalactique (on peut choisir l'option scientifique infra-luminique, ou bien l'option science fiction supra-luminique, mais il faut choisir, sinon les amateurs de sciences seront déçus). En outre, l'argumentation de la lutte homme-machine est trop faible : l'explication de comment le destin de la machine échappe aux humains ne fait qu'une demi-phrase, et l'intelligence des machines n'est pas convaincante, elle n'apparaît nulle part, seulement dans les faits accomplis. Même s'il existe quelques passages vraiment épiques, l'ouvrage laisse une déception, et l'histoire est vraiment trop sinistre, cela ne donne pas envie de lire les autres livres de la série : pas de quoi accrocher un fan de Frank Herbert.

 

Nick et le Glimmung (Nick and the Glimmung)

Nick et le Glimmung est présenté comme le seul roman de PDK destiné à la jeunesse ; cependant, bien qu'il s'adresse effectivement aux jeunes, il n'en reste pas moins un roman typiquement Dickien : on y trouve les mêmes ingrédients anarchiques, nihilistes et névrotiques que dans n'importe quelle autre oeuvre de l'auteur, mais aussi et surtout ses pires cauchemars, par exemple le concept déjà évoqué dans la nouvelle "Le père truqué" consistant en une larve végétale capable d'imiter un être humain dans le but de le remplacer, le simulacre étant un thème central dans l'oeuvre de Dick. C'est dire toute l'ambiguïté de l'auteur : il faut être vraiment complètement cinglé pour présenter ce genre concept dans une littérature pour la jeunesse, il s'agit en fait d'un militantisme déplacé. Du reste, c'est bien cette même folie que les amateurs de l'oeuvre de Dick en général apprécient, ce coté imprévisible du libre-penseur, car elle n'est sans doute pas étrangère à la production d'un nombre appréciable de chef-d'oeuvre, ce dont tous les écrivains ne peuvent pas se prévaloir.

 

 

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